Vendredi, 16 h 40, chez un manufacturier de la Beauce. Les écrans de la comptabilité affichent tous le même message : vos fichiers sont chiffrés, payez pour les récupérer. Le contrôleur appelle le fournisseur TI et tombe sur la boîte vocale. La présidente est à l'aéroport. Quelqu'un propose d'éteindre tous les ordinateurs, quelqu'un d'autre de ne toucher à rien.
Personne ne sait qui décide. C'est exactement le vide que comble un plan de réponse aux incidents.
L'enjeu est réel. Selon une étude de CDW publiée en 2025, les petites organisations canadiennes mettent 25,7 jours à se remettre d'un incident, et, selon des données de l'industrie citées par Insurance Business Canada (octobre 2025), un rançongiciel coûte en moyenne 330 000 $. Voici un modèle simple, inspiré des guides du Centre canadien pour la cybersécurité, que vous pouvez remplir cette semaine.
En bref
- Un plan de réponse aux incidents dit qui décide, qui appelle qui et quoi faire dans la première heure.
- Le modèle tient en quatre sections : les rôles, les phases, l'arbre d'appels et les obligations légales.
- Gardez une copie imprimée ou hors ligne : le jour de l'incident, votre réseau ne sera peut-être pas accessible.
- Testez-le au moins une fois par année avec un exercice sur table de 90 minutes.
Ce que contient un bon plan de réponse
Le Centre canadien pour la cybersécurité structure la réponse en six phases : préparation, détection et analyse, endiguement, éradication, reprise, puis activités après incident et leçons apprises. Le NIST américain a révisé son guide de référence en avril 2025 (SP 800-61 Rév. 3) pour intégrer la réponse aux incidents à la gestion globale du risque. Pour une PME, retenez l'essentiel : un document court, que tout le monde peut suivre sous stress.
Le plan ne remplace pas l'expertise technique. Il sert à gagner du temps et à éviter les erreurs les plus coûteuses : effacer des preuves, laisser l'attaquant revenir, oublier de prévenir l'assureur ou rater une obligation légale.
Joignez-y trois annexes, à préparer à froid : la liste de vos systèmes critiques dans l'ordre où il faut les restaurer (logiciel de paie, gestion de production, courriel), l'emplacement de vos sauvegardes et la façon de les vérifier, et un accès administrateur de secours conservé sous scellé, au cas où les comptes habituels seraient compromis.
Section 1 du modèle : les rôles
Chaque rôle a un titulaire et un substitut. Dans une PME de 25 personnes, une même personne peut porter deux chapeaux, mais il faut le savoir à l'avance.
| Rôle | Responsabilités | Titulaire | Substitut |
|---|---|---|---|
| Coordonnateur d'incident | Active le plan, tient le journal des actions, convoque les autres | _________ | _________ |
| Direction | Décisions d'affaires : arrêt des activités, dépenses, communications | _________ | _________ |
| Responsable TI ou fournisseur | Analyse technique, isolement, restauration | _________ | _________ |
| Responsable de la protection des RP | Évalue le risque de préjudice, registre, avis à la CAI | _________ | _________ |
| Communications | Messages aux employés, clients, fournisseurs et médias | _________ | _________ |
| Conseiller juridique | Obligations légales, contrats, relations avec les autorités | _________ | _________ |
Section 2 : les phases, étape par étape
Détection et analyse (première heure)
- Noter l'heure, ce qui a été vu et par qui. Prendre des photos des écrans.
- Prévenir le coordonnateur d'incident, qui décide d'activer le plan.
- Appeler la ligne d'urgence de l'assureur cyber avant d'engager une firme externe : bien des polices imposent leurs propres fournisseurs ou un accord préalable. Vérifiez la vôtre dès maintenant.
- Ne pas répondre à l'attaquant et ne rien supprimer.
Endiguement
- Débrancher les appareils touchés d'Internet et du réseau interne, sans les éteindre si possible, pour préserver les preuves.
- Couper les accès à distance (VPN, bureau à distance) jusqu'à nouvel ordre.
- Réinitialiser les mots de passe des comptes compromis et des administrateurs, à partir d'un appareil sain.
- Vérifier que les sauvegardes sont isolées et intactes.
Éradication et reprise
- Identifier le point d'entrée et le corriger avant de remettre les systèmes en ligne.
- Restaurer à partir de sauvegardes vérifiées, en commençant par les systèmes critiques définis à l'avance.
- Surveiller de près les systèmes restaurés pendant plusieurs semaines.
Après l'incident
- Tenir une rencontre de leçons apprises dans les deux semaines.
- Mettre à jour le plan, les contrôles et la formation.
Section 3 : l'arbre d'appels
Le jour de l'incident, votre courriel est peut-être compromis et votre réseau inaccessible. L'arbre d'appels doit donc être imprimé et stocké hors ligne, avec des numéros de cellulaire. Prévoyez aussi un canal de communication de secours, comme un groupe de messagerie texte créé d'avance.
| Ordre | Qui | Quand | Coordonnées |
|---|---|---|---|
| 1 | Coordonnateur d'incident | Immédiatement | Cellulaire : _________ |
| 2 | Fournisseur TI (ligne d'urgence) | Immédiatement | _________ |
| 3 | Assureur cyber (ligne d'urgence) | Dans la première heure | No de police : _________ |
| 4 | Direction | Dans la première heure | _________ |
| 5 | Firme de réponse aux incidents | Selon l'assureur | _________ |
| 6 | Conseiller juridique | Dès qu'un vol de données est possible | _________ |
| 7 | Banque | En cas de virement frauduleux, sans délai | _________ |
| 8 | Police locale | Si un crime est soupçonné | 911 en urgence, sinon le poste local |
| 9 | Centre antifraude du Canada | En cas de fraude | 1-888-495-8501 |
| 10 | Centre canadien pour la cybersécurité | Signalement volontaire | cyber.gc.ca/fr/cyberincidents |
Pour un rançongiciel, notre article sur l'anatomie d'une attaque par rançongiciel détaille ce qui se passe généralement en coulisses avant le chiffrement.
Section 4 : les obligations de la Loi 25
Si l'incident touche des renseignements personnels, la Loi 25 ajoute des obligations précises. Intégrez-les au plan pour ne pas les découvrir en pleine crise :
- Registre : tout incident de confidentialité doit être consigné dans un registre (art. 3.8), même mineur, et conservé au moins cinq ans. Notre modèle de registre des incidents vous fait gagner du temps.
- Avis : si l'incident présente un risque de préjudice sérieux, vous devez aviser la Commission d'accès à l'information et les personnes concernées « avec diligence » (art. 3.5). La Loi 25 ne fixe pas de délai précis en heures, mais tarder n'est pas une option.
- Évaluation : l'organisation doit consulter son responsable de la protection des renseignements personnels lorsqu'elle évalue le risque de préjudice. Prévoyez sa place dès la première heure, pas au lendemain de la crise.
La CAI a reçu 518 avis d'incidents de confidentialité entre le 1er janvier et le 10 décembre 2025 : déclarer un incident n'a rien d'exceptionnel. Pour la marche à suivre, lisez notre guide pour déclarer un incident de confidentialité à la CAI. Comme toujours, validez vos obligations précises avec votre conseiller juridique.
Tester le plan : l'exercice sur table
Un plan jamais testé est un plan qui ne fonctionnera pas. Le Centre pour la cybersécurité recommande de tester, réviser et mettre à jour le plan chaque année. La façon la plus simple : un exercice sur table de 90 minutes, autour d'une table, sans toucher aux systèmes.
Choisissez un scénario réaliste, par exemple « un vendredi soir, le serveur de fichiers est chiffré et les sauvegardes de la semaine sont introuvables ». Puis posez les questions une à une : qui est prévenu en premier ? Qui décide d'arrêter la production ? Où est le numéro de l'assureur ? Combien de temps pour restaurer ? Les réponses hésitantes deviennent votre liste de correctifs, et la dernière question mène souvent droit à votre stratégie de sauvegardes 3-2-1-1-0.
Notre équipe peut vous aider à rédiger votre plan, à animer l'exercice et à le tenir à jour dans le cadre de notre accompagnement continu.
Questions fréquentes
Une PME de 10 employés a-t-elle vraiment besoin d'un plan de réponse aux incidents ?+
Oui, et c'est même là qu'il est le plus utile, parce qu'il n'y a pas d'équipe de sécurité pour improviser. Pour une petite entreprise, le plan peut tenir en quelques pages : qui appeler, qui décide, quoi débrancher et quelles obligations respecter. Quelques heures de préparation évitent des décisions précipitées le jour où tout s'arrête.
Faut-il payer la rançon en cas d'attaque par rançongiciel ?+
Le Centre canadien pour la cybersécurité rappelle que la décision revient à l'organisation, mais que payer ne garantit pas la récupération des données et encourage de nouvelles attaques. Les criminels peuvent aussi exiger davantage ou publier les données malgré tout, et un paiement peut être illégal dans certains cas. Ne décidez jamais seul : impliquez votre assureur, votre conseiller juridique et une firme spécialisée.
Notre fournisseur TI a-t-il déjà un plan qui nous couvre ?+
Il a peut-être une procédure pour ses propres interventions techniques, mais elle ne couvre ni vos décisions d'affaires, ni vos communications avec les clients, ni vos obligations envers la CAI. Vérifiez votre contrat : délais d'intervention, heures couvertes, soirs et fins de semaine compris, et ce qui est facturé en extra. Le plan de l'entreprise doit s'arrimer au sien, pas le remplacer.
Sources
- 1.Centre canadien pour la cybersécurité : Élaborer un plan d'intervention en cas d'incident (ITSAP.40.003)
- 2.Centre canadien pour la cybersécurité : Guide sur les rançongiciels (ITSM.00.099)
- 3.Centre canadien pour la cybersécurité : Avez-vous été victime de cybercriminalité ?
- 4.NIST SP 800-61 Rev. 3 : Incident Response Recommendations and Considerations (2025)
- 5.CDW Canada : tendances TI et cybersécurité pour les petites entreprises (2025)
- 6.Insurance Business Canada : AI-powered attacks push cyber risks higher for Canada's SMEs (oct. 2025)
- 7.Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (RLRQ c. P-39.1)
- 8.Blakes : nouvelles exigences relatives à la déclaration des incidents de confidentialité au Québec
- 9.CAI : décision mentionnant le nombre d'avis d'incidents reçus en 2025